18/03/2017

Devenir de l'extraction de sable : lettre ouverte aux 11 candidats de la Présidentielle

Nous adressons ce jour cette lettre ouverte transmise à tous les candidats et à la presse ; les réponses intégrales seront partagées sur ce blog, sur notre page Facebook et via Twitter

Madame, Monsieur,

Le 14 septembre 2015, malgré une opposition locale solidement argumentée, forte, tenace, large et soutenue bien au-delà du Trégor, était signé par le Premier Ministre et le Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, un décret accordant la concession de sables calcaires coquilliers dite "concession de la Pointe d'Armor" à la Compagnie Armoricaine de Navigation. Ce décret a fait l'objet de recours rejetés par le Conseil d'Etat qui s'est appuyé sur un code minier inadapté au milieu marin, tout en contournant le code de l'Environnement (L321-1 et L321-8), pourtant adapté à la situation et qui aurait dû conduire à une interdiction de l'extraction en Baie de Lannion. Certes quelques aménagements ont été concédés sur les modalités de l’extraction mais ils n'assurent pas pour autant "la protection des équilibres biologiques et écologiques..." (L321-1) parce qu'il est avéré scientifiquement que toute extraction prolongée a pour conséquences des atteintes que ne peuvent supporter les milieux riches et sensibles, et ce de façon irréversible.
Partout où la dimension environnementale est prise en compte de manière cohérente, la réduction des extractions de sable (comme en Belgique) voire l'abandon (Grand Charpentier, Estuaire de la Loire) sont à l'ordre du jour. Cela confirme toutes les études scientifiques déjà réalisées en Europe et vérifiées sur le terrain : les extractions de sable marin déséquilibrent le biotope jusqu'à appauvrissement irrémédiable, particulièrement à proximité des côtes, là où se concentre la plus grande biodiversité et là où les effets de l'érosion naturelle peuvent être considérablement accentués.
Dans le cas de la Baie de Lannion, on justifie l'injustifiable par des besoins, non chiffrés, de l'agriculture bretonne, pour en réalité extraire une matière première qui sera transformée en produits industriellement plus rentables, en fait largement destinés à l'exportation (Europe occidentale, Canada, Afrique du Sud...).
L'heure n'est plus à l'exploitation inconsidérée de toutes les richesses de la planète jusqu'à épuisement. 
Madame, Monsieur, vous êtes candidat à une fonction qui orientera la politique générale du pays : nous vous demandons d'abord comment vous envisagez concrètement, dès maintenant, l'avenir de l'extraction en Baie de Lannion, la menace pèse toujours, extraction qui porterait inévitablement de graves atteintes à l’environnement naturel d'une vaste zone et par conséquent aux activités humaines qui dépendent de son état.
Nous vous demandons également si, et comment, vous envisagez de faire évoluer le code minier et le code de l'environnement de façon à ce que les objectifs de protection du littoral puissent être atteints de manière cohérente.

A l'attention de M. Macron nous ajoutons cette question : vous avez signé le décret accordant cette concession, contre l'avis maintes fois exprimé par la population et ses élus. Aujourd'hui certains élus, opposés à cette extraction, vous apportent leur soutien et vous-même avez formulé des réserves ; si vous êtes élu, quelle suite donnerez-vous à la suspension actuelle alors que chacun sait que la reprise ou l'abandon relève d'une décision prise au sommet de l'Etat ?


https://www.helloasso.com/associations/peuples-des-dunes-de-batz-a-brehat/collectes/x